Aide-Soignante et fière de l'être!!!

 


Une réalité bien difficile à admettre....

C'est suite à la première émission si controversée de David Pujadas " les infiltrés", qui se passe dans une maison de retraite que j'ai décidé d'ajouter cet article dans lequel je vais vous raconter certains évènements ou certaines réalités choquantes!

Pourquoi ne l'ai-je pas fait avant, sans doute par crainte des réactions, je ne sais pas, j'en parle régulièrement dans mon cadre de travail mais je ne l'ai jamais réellement évoqué dans le privé. Les diverses réactions suite à ce reportage me poussent à raconter enfin ces inimaginables situations, mais malgré tout ça, je reste fière de mon métier car il ne faut pas oublier que les soignants se battent pour que les choses évoluent et j'espère que, grâce à cette caméra cachée et à ce reportage, les choses changeront:

1985: en formation aide-soignante dans un hospice, je découvre un univers que j'ignorais, une grande salle commune avec une vingtaine de lits! Un matin, je découvre une "mamie" morte dans son lit, personne ne s'en était rendu compte...

1986: Je viens d'obtenir mon diplôme, et je suis embauchée en intérim dans un autre hospice! Voilà notre journée de travail: le matin, toilette à la va-vite des résidents, mise automatique sur une chaise-percée....jusqu'au moment du coucher ( sic ),  à midi, même menu pour tous purée jambon haché mélangés et petit suisse ou yaourt, ensuite les aides-soignants doivent faire toute la vaisselle à la main... l'après-midi, nous voici à quatre pattes par terre en train de frotter le sol au savon noir, repas du soir, même menu qu'à midi, vaisselle à la main, puis coucher des résidents qui n'ont pour la plupart pas quitté leur chaise percée! Nous somme en décembre, je travaille le jour de Noel et le menu reste le même, pas de fête chez les vieux!

L'unité se trouve sous les toits, les résidents ne sortent jamais, autrement dit, à partir du moment où ils entrent dans le service, ils ne verront plus jamais un coin de ciel bleu, même pas par la fenêtre!!!

a la fin de mon mois de préavis, j'ai préféré rester au chomage plutot que de continuer dans cette galère!

1990: changement de région, je suis embauchée de nuit dans une maison de retraite! Je commence par un mois de jour afin de ma familiariser avec les pensionnaires! Le batiment est ancien, triste, il sera refait à  neuf dans les 2 années à venir.

Là, je découvre d'autres aberrations: lorsqu'une alèse est souillée par les selles, on ne la change pas, on la retourne!

L'après-midi, les bains se donnent dans une baignoire vétuste et 2 résidents par baignoire!!!!!!!!!

Puis je commence mes nuits, toute seule pour 66 résidents, dans une maison isolée en campagne!

Seule pour assurer lorsque qu'un résident chute, seule pour évaluer la nécessité d'appeler ou non le médecin: Un soir, un des pensionnaires se plaignait de terribles douleurs au ventre, il était constipé depuis plusieurs jours, je téléphone au médecin qui refuse de se déplacer, j'insiste rien à faire...pour finir, je lui dis de laisser tomber que je vais appeler les pompiers, du coup, vexé, il vient, diagnostic: occlusion intestinale", hospitalisation, et décès du patient le lendemain...

On a tout de même le droit de téléphoner à notre surveillante en cas de décès, elle vient nous aider à faire la toilette mortuaire, quel luxe!!!!!!!!!!!!

Après la naissance de mes filles, je reprends de jour, on a un nouveau directeur! Un gestionnaire totalement à coté de la notion de soins. Pour lui, un seul mot d'ordre: le budget!!!

Toujours aussi peu de personnel, 4 aide-soignants pour 66 pensionnaires le matin, des toilettes effectuées au lance-pierre. Les gavages des résidents lors des repas par manque de temps, Les privations diverses du genre: "t'as chié dans ton froc, t'auras pas de vin à midi!!"; Les diverses maltraitances du genre "tirer un pensionnaire par l'oreille pour le faire avancer", la restriction sur la nouriture etc.. j'alerte la DDASS, qui se contente de renvoyer une copie de ma lettre au directeur en lui demandant des explications mais qui en reste là! A la suite de ça, une réunion et  aucun soutien de la part de mes collègues, c'est le début d'un lent travail de destruction morale!

Les appels téléphoniques à 6h du matin pour que l'on vienne travailler sur notre jour de repos et si on ne répond pas, on est convoqués au bureau caron est OBLIGES de répondre et de venir! Il est même allé jusqu'à attendre un de mes collègues qu'il n'arrivait pas à joindre devant chez lui!

Malgré la présence d'un syndicat dont je fais partie, les abus de pouvoir sont fréquents, ordre nous est donné de laisser nos coordonnées lorsque nous partons en vacances! Moi, je suis la bête noire, celle à abattre car je me défends et j'essaie péniblement de défendre mes collègues le plus souvent sans leur soutien! Il m'est arrivé de travailler sans interruption durant 7 jours, à un rythme effrenné car le personnel malade n'est pas remplacé...C'est un véritable enfer, pas moyen d'obtenir du personnel, aucune tolérance de la direction ni de la surveillante, un véritable dysfonctionnement du directeur mais malgré les demandes auprès de la DDASS ou de la mairie (le maire étant le président du conseil d'administration), rien ne change!

Un jour j'ai écris au maire en faisant signer mes collègues afin de nous protéger, suite à l'impossibilité pour nous de soigner correctement un résident en fin de vie, alité, plein d'escarres qui, faute de prévention, ont atteint les testicules!!!

Aucune réaction de la part du maire, nous étions protégés en cas de "suites", mais la situation restait la même.

Lors des visites de la DDASS, la maison était nickel, les pensionnaires grabataires consignés dans leurs chambres!

Les douches, une fois tous les 15 jours!

Après une dépression, et l'absence de soutien de mon syndicat, j'ai fini par démissionner, car je n'en pouvais plus!

Un jour une dame me téléphone en me demandant de témoigner pour elle car  sa maman était victime de maltraitance, je l'ai assurée de mon soutien pas dans le cas de sa maman puisque je n'étais témoin de rien n'étant plus employée dans la maison, mais pour raconter mon vécu, ce que j'avais vu et entendu! Elle ne m'a pas recontactée par la suite et je n'ai jamais su si elle était allée jusqu'au bout.

Ce directeur a fini par être muté ailleurs suite à une épidémie de salmonelle ayant entrainé 2 décès, il aura fallu des morts pour que l'on réagisse!

Pour moi, les controles dans certaines maisons telle celle-ci, sont inexistants malgré les divers avertissements du personnel, les abus de pouvoir, le refus des autorités de réagir, le manque de personnel, le rythme de dingue du personnel qui ne peut pas, même en étant formé, faire son travail consciencieusement! J'ai suivi une formation en soins palliatifs sur mon temps personnel et payée par mes soins car, bien sûr, le directeur refusait de me la payer, à la suite de cette formation lorsque j'ai voulu appliquer ce que j'avais appris, ce même directeur ma dit: " vous nous faites chier avec vos soins palliatifs"

J'ai fini par démissionner et bien m'en a pris car, d'après les renseignements que l'on me donne aujourd'hui, et malgré une nouvelle direction, les choses ne vont pas mieux!

J'ose encore espérer que c'est un cas isolé, mais j'en doute, depuis que je travaille en Suisse, j'ai rencontré plusieurs soignants venant de maisons de retraites françaises différentes et ayant à peu de choses près, le même vécu que moi.

Je ne suis plus vraiment au courant des conditions de travail des soignants à l'heure actuelle étant en suisse depuis 7 ans, mais vu le reportage, il ne semble pas que les choses aient tellement changé!

Il faut des controles surprises, des moyens humains, des gens formés et motivés!

Il faut valoriser le personnel et le soutenir, nous avons la responsabilité de nos ainés, nous serons nous-même un jour, des âgés! Alors il est bien évident que nos ministres et autres dirigeants se fichent royalement de se qui se passe réellement dans  nos maisons car ils ont les moyens financiers et politiques d'éviter à leurs parents de connaitre cette réalité! Ils peuvent nous seriner qu'ils sont concernés, en réalité, ils s'en fichent, c'est en tous cas, à l'heure actuelle mon sentiment...

On peut espérer que cette caméra cachée fera bouger les choses et les gens, notre gouvernement ayant besoin de redorer son blason va peut-être enfin réagir...allez, il n'est pas encore interdit de rêver!

 

 

 



Article ajouté le 2008-10-26 , consulté 21 fois

Commentaires


Kéké le 27/10/2008 à 09:04:04
Précieux témoignage ! Il en faudrait une copie par courrier postal à la secrétaire d’Etat à la Solidarité Valérie Létard !
Y a du boulot avant de changer les choses en tous les cas en France !
Ol54 le 28/10/2008 à 16:51:24
Rien à ajouter, je blêmis en lisant tes propos... Je connais des personnes qui travaillent dans ce milieu hospitalier et fin de vie et me demande toujours comment ils peuvent avoir du recul par rapport à cette période "de la vie" qu'ils voient à longueur de journée. Chapeau bas pour supporter tout ça, je n'ai pas vu le reportage dont tu parles, mais tes temoignages suffiraient à un système sensé pour au moins se poser quelques questions.
nathalie le 29/10/2008 à 23:50:44
Merci pour ton site que je recommande à tous les soignants. Pour ma part, je tenais à t'expliquer que les conditions de travail en France n'ont pas changées et que je les ai supportées 2 mois uniquement dans les conditions que tu décris: 15 toilettes en 3 heures, 4 résidents à faire mangé en moins de 30 minutes, file indienne des résidents pour la mise au toilettes à 13H et pas après... Faute de pouvoir travailler en Suisse je travaille de nuit et je pense ne pas en changer tant que les conditions de travail ne changeront pas. Durant ma nuit j'ai 10 Heures devant moi pour prendre soin de 40 résidents atteints de la maladie d'alzheimer et maintenant je prends le temps pour tout. Je suis enfin fière du travail que je fais et ils le méritent bien.
COCCINELLE le 03/11/2008 à 15:18:55
Comme tous, je suis consternée par votre récit de ce que subissent les Personnes âgées et je crois que si la DDASS est incapable de veiller à ce que ces sévices n'existent pas, c'est qu'il manque sévèrement de maisons de retraite, de directions capables de gérer, de personnels qui bien que souffrant de supporter ces sévices, n'y peuvent rien, quand on comprend les conditions dans lesquelles elles sont obligées de travailler. Comme pour tout, la Ministre dite "Choquée" sait très bien qu'il faudrait prendre des mesures urgentes et suffisantes pour que chaque maison de retraite soit visitée à l'improviste par des inspecteurs intègres et responsables.... Beaucoup de moyens pour faire en sorte que chaque Personne âgée soit reçue dans des conditions humaines autant pour les soins que pour les accompagner . Qui,, accepterait de tels traitements, que même les animaux ne veulent pas . Je suis contre la dénonciation, mais là TROP c'est TROP !!! Pensez-vous que les Personnes âgées qui subissent n'aimeraient pas que quelqu'un, mais pas n'importe qui, quelqu'un témoin des mauvais traitements, aillent parler d'elles et dénoncer l'horreur dont elles sont victimes.....Si on ne fait rien cela s'appelle : de la non assistance à Personnes en danger !!! Que chacun prenne ses responsabilités.......
maryvonne le 09/11/2008 à 17:38:56
nous sommes 4 ,licenciées depuis le mois de mai 2008 pour avoir dénoncé nos conditions de travail, manque de personnel... Nous avons alerté la ddass mais BOF!!Les familles ne veulent rien dire. Le personnel se tait. Nous passons au prud'hommes en jugement le 19 décembre 2008
frédérique le 09/11/2008 à 19:56:26
pour Maryvonne:
Courage! je suis sidérée de constater à quel point les choses n'ont pas évolué, c'est incroyable....
je vous souhaite d'obtenir gain de cause aux prud'hommes, tenez-moi au courant!
Cordialement

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